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  • Souveraineté #1 : Deezer & Qobuz (alternatives à Spotify)

    Souveraineté #1 : Deezer & Qobuz (alternatives à Spotify)

    Dans cet article, on parlera de streaming musique. Plus particulièrement : pourquoi Spotify est un acteur à boycotter et un descriptif des alternatives recommandées telles que Deezer ou Qobuz.

    Cet article fait partie d’un regroupement : La souveraineté européenne dans notre vie de tous les jours ?

    Si tu souhaites passer les explications des raisons du boycott de Spotify, tu peux te rendre directement à la section sur Deezer ou sur Qobuz.

    Situation actuelle

    Si on prend une photographie de la situation d’aujourd’hui, voici ce qu’on y voit :

    Source : https://explodingtopics.com/blog/music-streaming-stats

    Comme on peut le comprendre : Spotify mène la dance. Ses concurrents sont quasi deux fois moins importants que Spotify.

    Match plié ? Par forcément.

    Selon Statista, Deezer a triplé sa base d’utilisateurs fin 2024. Les mauvaises langues diront que c’est plus facile de tripler quand on part de 100 que quand on part de 1.000.000. C’est vrai, mais ça montre également une tendance.

    C’est quoi le problème ?

    Principalement : la rémunération des créateurs de contenu.

    Mais quand il s’agit de Spotify, on pourrait également discuter de :

    • l’explosion de la musique générée par l’IA que l’on retrouve (Substream Magazine ou The Guardian),
    • soupçons de fake artiste ainsi que de musique low-cost (l’extrait d’enquête de Liz Pelly),
    • les choix stratégiques : licencier 1.500 personnes pour favoriser l’IA ; payer pour l’exclusivité des podcasts de Joe Rogan, un proche de la culture trumpiste ; des campagnes de pub pour l’ICE ; organiser un événement et faire une donation pour Trump, …

    On peut encore trouver d’autres arguments mais on n’en finirait pas sur le pourquoi je recommande des alternatives à Spotify.

    La position de « leader dominant »

    Spotify n’est stricto sensu pas un monopole. Si on s’en réfère aux indicateurs utilisés pour définir un monopole, des parts de marché à -40% représentent une position rarement dominante.

    Pourtant, il suffit d’écouter les conversations de tous les jours pour se rendre compte que dès qu’on parle de streaming musical, on se réfère directement à Spotify. Ce qui pourrait catégoriser Spotify comme monopolistique.

    Dans le graphique ci-dessus, les ±31% représenteraient ±280 millions d’abonnés. Mais ça grimpe à ±700 millions si on inclut les freemium (plan tarifaire gratuit). Bref, ça fait du monde.

    La rémunération déplorable des artistes

    En 2019, les revenus issus du streaming musical représentaient environ 80% du chiffre d’affaires total de l’industrie musicale.

    En 2026, on se situe aux environs des 85%.

    Pour situer en terme d’argent : on est au dessus des 20 milliards de dollars. Cela montre bien l’ampleur et la rapidité de cette évolution.

    Selon Spotify, ils auraient versé 11 milliards de dollars en 2025 à l’industrie musicale.

    Mais comme le dit The Verge, ce n’est pas pour autant que les artistes sont mieux payés (je rappelle : les artistes sont ceux qui créent réellement quelque chose dans tous les intervenants du streaming musical).

    Pourquoi ? Parce que l’argent va principalement aux labels, éditeurs et distributeurs.

    C’est d’ailleurs confirmé à demi-mots par Spotify : « […] it doesn’t have insight into how much of that money eventually finds its way into artists’ hands. »

    La rémunération en chiffres

    Forcément, des gens se sont penchés sur la question, et voici ce qu’il ressort quand on fait un comparatif du payout moyen par stream selon chaque plateforme. En d’autres mots, voici ce que touche en moyenne un•e artiste à chaque fois que tu écoutes une chanson :

    PlateformePaiement moyen par stream
    Qobuz~0.019 $
    Napster~0.019 $
    Tidal~0.013 $
    Apple Music~0.006 – 0.008 $
    Amazon Music~0.004 $
    Spotify~0.003 – 0.005 $
    Deezer~0.003 – 0.004 $
    YouTube Music~0.0007 – 0.002 $
    Sources : Royalty Exchange, Producer Hive, Viberate, Qobuz

    Ce tableau et ses données sont à prendre avec des pincettes car le paiement moyen par stream n’est pas vraiment représentatif de la réalité du procédé de rémunération.

    Et ceci parce que :

    • les plateformes utilisent des méthodes différentes pour rémunérer les artistes. On parlera de market-metric, user-metric, hybrid, … On compare donc (un peu) des pommes et des poires. Ceci dit, ça nous permet de voir des tendances.
    • 1 % des artistes captent 90 % des écoutes. De part leur méthode appliquée, les acteurs type Spotify, Apple, Amazon rémunèrent majoritairement les artistes hyper connus (et très très peu les artistes locaux, marginaux, peu connus, …).
      Si tu souhaites plus d’infos sur les modèles de rémunération, rends-toi en bas de page.
    • les plateformes les plus rémunératrices le sont car généralement elles ne proposent pas d’offres gratuites (même avec pub). Chaque stream vient donc d’un utilisateur payant, ce qui fait que la tirelire avec laquelle on rémunère les artistes est mieux (pas plus) remplie.

    Spotify rejoint le groupe des GAFAM+

    On comprend que les doutes soient fondés et pourquoi Spotify se retrouve dans cette catégorie tant décriée que sont le GAFAM+ :

    • mauvaise rémunération des personnes qui font sa raison d’être,
    • tentative de domination d’un marché numérique,
    • accumulation massive de données,
    • influence structurelle sur une industrie,
    • contrôle algorithmique de la visibilité des artistes,

    L’alternative : Deezer

    L’une des premières alternatives à Spotify : j’ai nommé Deezer.

    Deezer est une plateforme de streaming musical lancée en 2007 en France, qui s’est progressivement fait une place parmi les acteurs majeurs du milieu (tels que Spotify, Tencent, Apple Music, …).

    Tu peux retrouver Deezer dans plus de 180 pays et propose un catalogue de plus de 120 millions de titres, couvrant aussi bien les grands succès internationaux que des scènes locales souvent mieux représentées que chez certains concurrents.

    Deezer est essentiellement axé sur le streaming de musique même si des services complémentaires sont proposés comme des blind tests (où tes amis peuvent jouer via QR code), la recherche de concerts près de chez toi ou encore des podcasts.

    Le tarif appliqué par Deezer reste très compétitif :

    Type d’abonnementSpotifyDeezer
    Gratuit
    (avec pub)
    Individuel11,99 €/mois11,99 €/mois
    Étudiant6,99 €/mois5,99 €/mois
    Duo
    (2 comptes)
    16,99 €/mois15,99 €/mois
    Famille
    (jusqu’à 6 comptes)
    20,99 €/mois19,99 €/mois
    Sources : Spotify, Deezer

    Sur le plan technique, Deezer se distingue également par son offre HiFi, qui permet d’écouter de la musique en qualité sans perte (version FLAC ). Ce positionnement le rapproche d’acteurs comme Qobuz, souvent considéré comme une référence en matière de qualité sonore, tout en restant plus accessible en termes de prix et d’interface grand public.

    Enfin, Deezer se positionne comme étant pionnier dans l’évolution des modèles de rémunération des artistes. Elle a été l’une des premières à proposer le modèle que l’on nomme « user-centric » (centré sur l’utilisateur). Elle a continué sur sa lancée et elle a fait évoluer son approche vers un modèle « artist-centric » (centré sur les artistes), développé notamment en partenariat avec des ayants droit. Si tu souhaites plus d’infos sur les méthodes de rémunération, rends-toi après la conclusion de l’article.

    Les similitudes et différences

    Au rayon des similitudes, on retrouve ce que l’on attend d’une plateforme de streaming musical :

    • Répertoire de 100+ millions de morceaux musicaux.
    • Application pour ordinateur et mobile ainsi que disponibilité d’un lecteur web.
    • AppleCar et Android Auto disponibles.
    • Playlists disponibles (création ou découverte).
    • Enregistrement des morceaux, artistes, albums, … favoris.

    Je vais donc me focaliser sur ce qui fait la différence.

    Flow

    C’est l’une des forces évidentes de Deezer. Bien mieux que les découvertes/playlists sur Spotify.

    Le Flow de Deezer, c’est la fonctionnalité de lecture automatique qui propose un flux musical personnalisé en continu, basé sur tes goûts.

    En gros, c’est ta radio intelligente personnalisée. Chaque morceau est choisi en fonction de ton historique, ce que tu écoutes, ce que tu likes, tes playlists, …

    La logique du Flow

    Le Flow combine deux logiques :

    1. Algorithmique
      • Analyse de tes habitudes d’écoute
      • Recommandations similaires
    2. Éditoriale (spécificité à Deezer)
      • Sélection de titres pour éviter un flux trop répétitif ou « formaté »
      • Interventions humaines (curation)

    Tu peux alors lancer ton Flow, sur base de ton genre musical ou sur ton humeur et te voilà parti pour des heures d’écoute de goût et de qualité, sans même y penser.

    La volonté de changer les comportements

    Je l’ai déjà dit, Deezer souhaite appliquer une juste rémunération et développe déjà son propre modèle « artist-centric ».

    Mais ils font également d’autres choses qui prouvent qu’ils considèrent la musique comme un élément qui rassemble et qui devrait se partager.

    Les playlists Deezer envoyés à des amis ou la famille peuvent s’ouvrir dans plusieurs applications externes. Donc, tu peux envoyer ta playlist Deezer à ton frère / soeur / voisin / chien / … et celui/celle-ci peut l’ouvrir dans Spotify, Apple, …

    Deezer propose aussi la fonctionnalité Shaker. Toi et tes amis pouvez créer votre playlist ensemble pour les (futurs) moments que vous aller partager. C’est un genre de mix de vos goûts musicaux.

    Tu connais très certainement Shazam. Et bien Deezer l’a intégré dans son application. Tu peux lancer la reconnaissance et découvrir le morceau inconnue qui est en train de passer en quelques secondes…

    Bref, Deezer perçoit vraiment la musique comme un art social.

    Prix

    Un dernier point à souligner est que Deezer propose des tarifs parmi les moins chers du marché. Si tu prends l’abonnement annuel, l’écart se creuse davantage.

    L’alternative : Qobuz

    La seconde des alternatives à Spotify : j’ai nommé Qobuz.

    Qobuz, c’est une plateforme française de streaming musical fondée en 2007. L’entreprise offre du streaming musical en se concentrant sur la qualité audio haute résolution ainsi que la création (et croissance) d’une communauté orientée vers les amateurs de musique.

    Qobuz propose à la fois du streaming par abonnement et l’achat de musique en téléchargement, souvent en qualité supérieure au CD.

    La différence avec la majorité des autres plateformes, c’est que Qobuz ne propose pas d’offre gratuite financée par la publicité : son modèle repose uniquement sur les abonnements payants (qui sont un peu plus cher que les concurrents).

    Type d’abonnementSpotifyQobuz StudioQobuz Sublime
    Gratuit
    (avec pub)
    Étudiant6,99 €/mois5,99 €/mois
    Individuel11,99 €/mois14,99 €/mois~16,66 €/mois
    Duo
    (2 comptes)
    16,99 €/mois19,99 €/mois24,99 €/mois
    Famille
    (jusqu’à 6)
    20,99 €/mois 24,99 €/mois29,16 €/mois
    Source : Spotify, Qobuz

    Qobuz propose deux niveaux de souscription :

    • Studio → streaming Hi-Res (haute résolution)
    • Sublime → idem + réductions sur l’achat de musique

    La stratégie de Qobuz lui permet d’afficher un revenu moyen par utilisateur plus élevé et de reverser une part importante de ses revenus aux ayants droit (ce qui est montré dans le tableau ci-dessus).

    Tu peux également trouver tout un univers autour de la musique : articles, interviews, critiques d’albums et sélections musicales réalisées par des journalistes et spécialistes. L’objectif : proposer une expérience proche d’un magazine musical, en complément du streaming.

    Ce qui distingue Qobuz

    À l’instar de Deezer, on retrouve les bases d’une plateforme de ce milieu (le vaste répertoire, les appareils compatibles, l’intégration voiture, …).

    On retrouve donc un catalogue assez complet (similaire à la majorité des plateformes), les nouveautés s’y ajoutent vite, les outils numériques font le taf (excepté pour la voiture), …

    Bref, on reçoit ce qu’on attend d’une plateforme de streaming musical.

    Ce qui est plus intéressant c’est au niveau des différences.

    Qualité audio

    C’est l’un des facteurs de différenciation vis-à-vis de la concurrence : la qualité du son streamé.

    Tu auras accès à 3 niveaux différents :

    • Hi-Res Audio (qualité studio) : 24Bit / 192kHz
    • CD Audio (format FLAC sans compression) : 16Bit / 44,1kHz
    • Mp3 : 320Kbps

    Petit conseil : si tu es en WiFi, tu ne devras probablement pas faire attention au niveau de qualité choisi. Par contre, si t’es en 5G, choisis le MP3 car le data se consomme rapidement. Ce paramétrage peut se faire dans les réglages du profil.

    Musique et uniquement de la musique

    Qobuz ne propose que de la musique. Ils se focalisent uniquement sur l’art musical.

    C’est d’ailleurs pour ça qu’ils proposent des interviews, des récits digne d’un magazine, des news, …

    Si tu recherche des podcasts, des livres audio, … Il te faudra utiliser une autre application.

    D’ailleurs quelques références pour cela :

    Les intégrations

    Il faut reconnaître que Qobuz est un peu en retrait quant aux intégrations avec d’autres acteurs connus.

    La voiture par exemple. Alors, sois rassuré : Qobuz est compatible avec AppleCar et Android Auto. Tu retrouveras les options de base telles que la lecture de tes playlists, la recherche via la diction (Siri ou Google Assistant), la découverte d’artistes, les derniers morceaux joués, …

    Seulement, on sent que Qobuz doit encore faire quelques améliorations pour rattraper Spotify, notamment sur le plan des découvertes ou vis-à-vis de l’expérience utilisateur de l’app sur l’écran de la voiture.

    On peut également parler de l’intégration de Qobuz avec Sonos. Là aussi, sois rassuré : il y a moyen de s’en sortir facilement ! Si on utilise l’application Sonos, on peut y lier son compte Qobuz et donc lire ses playlists, faire des recherches d’artistes, d’albums, …

    Par contre, dans l’application Qobuz, impossible de lancer sa musique vers les enceintes Sonos (et qui utilisent le WiFi Sonos, pas le bluetooth ou AirPlay). Il faudra obligatoirement ouvrir ton app Sonos pour profiter de Qobuz. Si tu veux une liste complète des appareils permettant la lecture de musique directement depuis Qobuz (Qobuz Connect pour être exact), rends-toi sur leur site internet.

    On notera quand même la politque visée par Qobuz : intégration des grandes marque de HiFi. Si tu as une installation de qualité pour écouter ta musique, il est fort probable que Qobuz soit compatible avec.

    Conclusion

    L’idée première, quand j’ai cherché après une alternative, était pour moi la souveraineté mais également une répartition plus juste dans la chaîne de valeur.

    Pour la partie rémunération des artistes, Qobuz remporte clairement la palme. Ceci est possible parce que l’écoute est d’office payante avec un tarif supérieur aux autres plateformes.

    Bien qu’on ait de la musique avec une qualité sonore inégalée ainsi qu’un univers musical multi supports (musique, news, articles, …), Qobuz reste fort axé sur le classique, le jazz et le rock. Il s’agit donc plus d’un marché de niche que du mainstream. De plus, Qobuz fait face à un problème majeur pour moi (que Deeze comble excessivement bien) : la découverte musicale sur base de l’écoute / goûts de l’utilisateur.

    Personnellement, j’ai choisi Deezer pour plusieurs raisons.

    Premièrement, le fait qu’ils essayent de proposer un modèle de rémunération qui se distingue de la concurrence et qui va vers une une répartition plus équitable (et au plus leurs parts de marché augmentera, au plus les effets se feront ressentir).

    Deuxièmement, pour ce qu’ils appellent le Flow. Il s’agit d’une fonctionnalité qui va proposer à l’utilisateur des morceaux sur base des artistes qu’il préfère / écoute. Et j’ai ressenti cette fonctionnalité comme étant bien meilleure que Spotify. Et en plus, on a l’assurance que les musiques proposées ne sont pas créées par l’IA.

    Dernièrement, pour un goût esthétique. Je préfère l’ambiance, le style ainsi que la facilité d’utilisation de Deezer. Je peux comprendre que ce point est largement subjectif.

    Bref, le choix (moral) te revient.

    N’oublie pas qu’il y a toujours le site européen des alternatives pour avoir plus de choix : https://european-alternatives.eu/category/music-streaming-services

    Explication des modèles de rémunération

    Comme je l’écris dans cet article, si on se base uniquement sur le paiement moyen par stream pour expliquer la mauvaise rémunération des artistes, on loupe une grande partie de l’explication en question.

    Les plateformes de streaming musical utilisent différentes méthodes de rémunération.

    On en compte principalement 3 :

    1. le market-centric : modèle centré sur le marché.
    2. le user-centric : modèle centré sur l’utilisateur.
    3. le artist-centric : modèle hybride

    1• Market centric (centré sur le marché)

    Il s’agit du modèle le plus fréquemment rencontré, utilisé notamment par Spotify, Apple Music, Amazon Music ou encore YouTube Music.

    Ce modèle mutualise l’intégralité des revenus. Cela veut dire que l’ensemble des abonnements et des revenus publicitaires est agrégé dans un pot commun, dont une partie sera reversée aux ayants droit et ensuite la partie restante sera distribuée proportionnellement à la part de chaque artiste dans le total des écoutes sur la plateforme.

    La formule serait du type :

    remunerationartiste=(streamsartistestreamstotaux×revenustotaux)\text{remuneration}_{\text{artiste}} = ( \frac{\text{streams}_{\text{artiste}}}{\text{streams}_{\text{totaux}}} \times \text{revenus}_{\text{totaux}})

    En gros, la contribution d’un utilisateur individuel n’est pas fléchée vers les artistes qu’il écoute. Peu importe ce qu’il écoute (par exemple 100% artistes indépendants), un abonné contribue en réalité à rémunérer en grande partie les artistes les plus écoutés globalement, car ce sont eux qui dominent le volume total de streams.

    Ce mécanisme favorise les acteurs déjà dominants et accentue la concentration des revenus. Des analyses de MIDiA Research et de Digital Music News montrent que la majorité des revenus est captée par une fraction très réduite d’artistes (les fameux 1% d’artistes pour 90% de revenus), souvent les plus exposés dans les playlists éditoriales et algorithmiques.

    Ce modèle est appliqué (et défendu) par les grandes plateformes (coucou Spotify, Apple, Amazon, …) car elle est reconnue pour sa simplicité opérationnelle et sa capacité à gérer des volumes massifs de données. Par contre, il est critiqué pour son manque de lien entre usage individuel et rémunération réelle, ce qui crée une dissociation entre l’intention de l’utilisateur et l’allocation économique.

    2• User centric (centré sur l’utilisateur)

    On pourrait croire que vu le nom, ce modèle est le plus adapté. Il représente très certainement la meilleure méthode pour rémunérer l’artiste.

    Ce modèle individualise (contrairement au market centric qui mutualise) la répartition des revenus. Chaque abonnement est traité séparément : après déduction de la part de la plateforme, le montant restant est distribué uniquement entre les artistes effectivement écoutés par cet utilisateur, au prorata de son temps d’écoute.

    La formule donnerait quelque chose du genre (pour chaque u – utilisateur) :

    remunerationartiste=u=1N(streamstotal,ustreamsartiste,u×revenuu)\text{remuneration}_{\text{artiste}} = \sum_{u=1}^{N} \left( \frac{\text{streams}_{\text{total}, u}}{\text{streams}_{\text{artiste}, u}} \times \text{revenu}_u \right)

    Ce modèle est un peu plus juste puisqu’un utilisateur qui écoute trois artistes verra son abonnement réparti exclusivement entre ces trois artistes. On rétablit donc un lien direct entre le stream et la rémunération.

    Si le modèle semble plus juste, plusieurs limites ont été identifiées !

    D’une part, la mise en œuvre technique est plus complexe car elle nécessite un traitement individualisé de chaque compte.

    D’autre part, les études disponibles, notamment relayées par MIDiA Research, montrent que les artistes indépendants sont un peu mieux rémunérés mais ça reste peanuts à l’échelle globale.

    Enfin, ce modèle ne remet pas en cause la façon, majoritairement pilotée par les algorithmes, qu’ont les plateformes pour faire découvrir les artistes et qui continue d’influencer fortement les écoutes.

    3• Les modèles hybrides (ou « artist-centric », centré sur l’artiste)

    Face aux limites des deux approches précédentes, certaines plateformes ont introduit des modèles hybrides visant à corriger les effets les plus critiqués du market-centric sans basculer vers un user-centric pur.

    C’est le cas du système ACPS (Artist-Centric Payment System, système de paiement centré sur l’artiste) déployé par Deezer en partenariat avec la SACEM.

    Ce modèle conserve une base de mutualisation (comme le market-centric) mais introduit des pondérations.

    Certains streams peuvent être valorisés davantage que d’autres selon des critères précis :

    • engagement de l’utilisateur (écoutes actives, recherches),
    • statut de l’artiste (professionnel vs contenu fonctionnel),
    • ou encore exclusion de certains types de contenus considérés comme non musicaux.

    Dans certains cas, les écoutes peuvent être comptabilisées avec un coefficient multiplicateur (Deezer appelle ça un boost).

    L’objectif est double :

    1. réduire l’impact des contenus à faible valeur artistique (bruit, sons d’ambiance), et
    2. mieux rémunérer les artistes générant un engagement réel.

    Ce modèle introduit une dimension qualitative dans un système historiquement purement quantitatif.

    Même comme tout modèle, il y a toujours des contre-coups. Ici, ce sera la dépendance aux règles définies par la plateforme elle-même, ce qui pose la question de la transparence et du pouvoir de décision dans la chaîne de valeur.

    Deezer a rédigé une page qui explique en long et en large ce nouveau système (qu’il est le seul à proposer). Ils ont également rédigé un article de blog qui permet de faire une simulation afin de connaitre la répartition de ton abonnement envers les artistes que tu écoutes.